
Île d’Oléron : dix ans après la mort d’Alexia, une pièce de théâtre lui rend hommage

Dix ans après la mort d’Alexia, tuée par un camarade de classe en 2016 alors qu’elle était scolarisée au collège de Saint-Trojan-les-Bains, une création théâtrale lui rend hommage. Intitulée « Douze », cette pièce écrite par Diane Chavelet avec la mère de l’adolescente, Christelle de Hert, transforme un drame intime en une œuvre artistique tournée vers la mémoire, la parole et la lutte contre les violences faites aux femmes.

Sur l’île d’Oléron, le souvenir d’Alexia reste profondément ancré. En 2016, cette adolescente de 15 ans, élève au collège de Saint-Trojan-les-Bains, a été tuée par un camarade de classe. Dix ans après ce drame qui avait bouleversé le territoire, son histoire revient sur scène à travers « Douze », une pièce de théâtre imaginée pour faire vivre sa mémoire et permettre à sa voix de continuer à être entendue.
À l’origine de ce projet, une rencontre entre Diane Chavelet, metteuse en scène et cofondatrice de la compagnie Paupières Mobiles, et Christelle de Hert, la mère d’Alexia. Ensemble, elles ont choisi de donner une nouvelle dimension à cette histoire, sans chercher à rejuger les faits, mais en proposant un autre regard sur la victime et sur ce qu’elle représentait.
Une création pour redonner une voix à Alexia
Le titre de la pièce fait référence aux douze coups de couteau reçus par l’adolescente. Mais « Douze » ne se limite pas au récit d’un fait divers tragique. La création entend surtout faire émerger la personnalité d’Alexia, son histoire et les questions que sa disparition continue de soulever.
Le projet d’écriture a commencé en 2023. Pour Diane Chavelet, originaire de l’île d’Oléron, cette démarche est aussi personnelle. Elle explique avoir été profondément touchée par le drame et avoir souhaité apporter sa contribution à la mémoire de la jeune fille.
La rencontre avec Christelle de Hert a constitué une étape déterminante. D’abord réticente à l’idée de raconter cette histoire sur scène, la mère d’Alexia a progressivement trouvé dans le théâtre un moyen de faire entendre ce qu’elle avait vécu et de redonner une place à sa fille.
L’objectif n’est pas de rouvrir le procès ni de porter un nouveau jugement, mais de faire exister une parole différente de celle des dossiers judiciaires. Le théâtre devient alors un espace où les émotions, les souvenirs et les interrogations peuvent être exprimés autrement.
Une histoire intime qui interroge la société
Sur scène, plusieurs personnages permettent de retracer le parcours d’Alexia et les conséquences de sa disparition. Sa mère, le meurtrier, la mère de celui-ci, l’avocate, la gendarme, le beau-père ou encore son amoureux figurent parmi les rôles interprétés par trois comédiens.
La pièce évoque notamment les années de collège, le harcèlement et les violences qui ont précédé le drame. Elle invite également le public à réfléchir aux mécanismes qui conduisent à la violence et à la manière dont les adolescents se construisent dans leurs relations aux autres.
La création associe théâtre, musique et danse. Plusieurs morceaux de groupes et d’artistes contemporains, parmi lesquels Teardrop, Angel de Massive Attack, Flying Whales de Gojira, Le Moulin de Yann Tiersen et Believer d’Imagine Dragons, accompagnent le récit.
Cette dimension musicale et chorégraphique donne à la pièce une portée qui dépasse le simple témoignage. « Douze » se présente comme une œuvre poétique, mais aussi comme une invitation à réfléchir collectivement aux violences et à leurs conséquences.
Une œuvre qui s’inscrit dans la lutte contre les violences faites aux femmes
La pièce trouve également un écho particulier dans le contexte des mobilisations contre les violences sexistes et sexuelles. Elle doit notamment être présentée lors du festival Invisibles et Invincibles, consacré à cette lutte.
À travers le parcours d’Alexia, les créatrices souhaitent ouvrir un espace de dialogue, notamment auprès des jeunes générations. La question du consentement, la place des victimes et la manière dont la société considère les violences constituent autant de pistes de réflexion.
Christelle de Hert doit être présente lors de plusieurs représentations afin d’accompagner cette démarche de sensibilisation. Des associations et des artistes pourront également participer aux échanges avec le public.
L’enjeu est de permettre aux spectateurs de sortir de la représentation avec des questions, mais aussi avec une meilleure compréhension de ces violences et de leurs répercussions sur les victimes et leurs proches.
Plusieurs représentations en Charente-Maritime
La pièce « Douze » sera présentée dans plusieurs lieux culturels. Une représentation est notamment annoncée à la citadelle du Château-d’Oléron, au théâtre de l’Arsenal, le jeudi 19 novembre à 20 h 30. D’autres dates sont prévues au théâtre Berthelot de Montreuil, les 25 et 26 novembre, ainsi qu’au festival Invisibles et Invincibles.
La compagnie prévoit également des représentations à Saint-Denis-d’Oléron en mars 2027, à Saint-Trojan-les-Bains en juin, puis au Festival d’Avignon en juillet.
Dix ans après le drame, « Douze » entend ainsi faire plus que rappeler un nom et une tragédie. En donnant une place à la parole de sa mère et en portant cette histoire sur scène, la pièce veut préserver la mémoire d’Alexia tout en interrogeant notre capacité collective à prévenir les violences.
Une manière de rappeler que derrière chaque fait divers se trouve une vie, une famille et une histoire qui ne doivent pas être oubliées.
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