
À Port-des-Barques, le souvenir des prêtres martyrs demeure vivant

Le pèlerinage annuel consacré aux prêtres morts durant la Révolution française a réuni, ce jeudi 20 août, de nombreux fidèles entre Port-des-Barques et l’île Madame. Une journée de prière et de recueillement, au cœur d’un lieu marqué par l’histoire des persécutions religieuses.

Dès la matinée, l’affluence ne laissait guère de doute sur l’importance du rendez-vous. Aux abords de la passe aux Bœufs, qui relie Port-des-Barques à l’île Madame au rythme des marées, les places de stationnement se faisaient rares. Venus principalement de Charente-Maritime, de nombreux catholiques avaient répondu à l’appel du diocèse de La Rochelle pour participer au pèlerinage annuel en mémoire des prêtres martyrs de la Révolution.
Autour de l’autel du Calvaire de Port-des-Barques, face au sanctuaire dédié aux prêtres déportés, les fidèles se sont retrouvés pour une journée placée sous le signe de la prière et du souvenir. Le rassemblement s’est achevé par une procession vers la Croix aux galets, sur l’île Madame, lieu emblématique de cette mémoire religieuse.
« En marchant dans les pas de ces martyrs, nous prions pour qu’ils nous aident dans notre chemin de foi », explique le père Valens Ndayisaba, curé de Pont-l’Abbé-Saint-Porchaire, entre deux confessions.

Une île marquée par les heures sombres de la Révolution
Si ce pèlerinage se déroule chaque année sur ce rivage charentais, c’est parce que l’île Madame occupe une place singulière dans l’histoire de la persécution religieuse durant la Révolution française. À la fin du XVIIIe siècle, de nombreux prêtres refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé furent considérés comme réfractaires.
Adoptée en 1790 par l’Assemblée nationale constituante, cette Constitution réorganisait profondément l’Église de France et plaçait notamment les membres du clergé sous l’autorité de la Nation. Ceux qui refusèrent de s’y soumettre furent progressivement écartés, poursuivis ou déportés.
Dans ce contexte troublé, l’île Madame — alors rebaptisée « île Citoyenne » — devint l’un des lieux associés au drame des prêtres déportés. Plusieurs d’entre eux y furent enterrés, faisant de cette petite terre de l’estuaire de la Charente un lieu de mémoire pour les catholiques.
Une mémoire transmise au fil des générations
Chaque année, la marche des pèlerins jusqu’à la Croix aux galets vient rappeler cette histoire, plus de deux siècles après les faits. Sur le chemin qui mène à l’île, le recueillement se mêle à la volonté de transmettre une mémoire souvent méconnue du grand public.
Pour les participants, ce rendez-vous dépasse ainsi la seule commémoration historique. Il constitue également une démarche spirituelle, inscrite dans une tradition qui continue de rassembler des fidèles venus rendre hommage à ceux qui ont payé de leur vie leur refus de renoncer à leurs convictions.
Entre Port-des-Barques et l’île Madame, l’histoire et la foi se retrouvent ainsi, le temps d’un pèlerinage, sur les traces de ces prêtres devenus, pour les croyants, les témoins d’une fidélité portée jusqu’au sacrifice.
Crédit photos : Facebook du Diocèse
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